De l'impunité du harcèlement scolaire



La victime, coupable idéal ? Chaque fois que des gens abordent le sujet, c'est souvent la même réflexion qui revient - et qui a le don de m'horripiler au plus haut point - à savoir que la personne victimisée par ses camarades de classe serait forcément responsable de l'acharnement dont elle souffre. Comme si on se levait le matin en se disant 'Tiens, si je devenais le souffre douleur de toute ma classe!'. C'est justement contre ce préjugé que j'aimerais lutter, les personnes harcelées scolairement ne sont absolument pas responsables de la méchanceté et des atrocités que les autres lui infligent, au quotidien. C'est la solution de facilité que d'accuser la personne exclue, plutôt que de mettre en cause la responsabilité de l'établissement scolaire, des professeurs qui ferment les yeux, des parents qui nient avoir élevé des monstres et tous les autres passifs, qui regardent sans réagir, qui tournent la tête et font semblant d'ignorer. Non, personne ne demande à se rendre tous les matins à l'école la boule au ventre, pour être tyrannisé, insulté et humilié.

Comment se construire après ça ? Après les brimades, les injures, les coups parfois. L'acharnement en permanence. Et à mon époque, il n'y avait pas encore les réseaux sociaux, l'harcèlement s'arrêtait aux portes du collège ou du lycée. Aujourd'hui je n'ose même pas imaginer, l'enfer qui s'abat sur vous en permanence que vous soyez en classe, chez vous ou dans la rue. Et je comprends que certains cèdent à la pression. Les victimes grandissent avec un sentiment d'infériorité, de honte, de peur. La terreur les envahit et elles se réfugient dans le silence, dans l'auto-descruction et se replient sur elles-mêmes. Et le piège se referme. Après, le pli est pris et on traîne sa toute sa vie, comme un boulet. Les autres deviennent une menace potentielle permanente et on tombe facilement dans l'agressivité, même quand le danger est écarté. On met notre armure et on sort nos piquants parce qu'on a appris à grandir en se protégeant des agressions plutôt qu'en aimant en toute légèreté. 

Les enfants sont cruels, les adultes ne le sont pas toujours moins : Les enfants ne savent pas ce qu'ils font, il paraît. Moi, je crois que certains voient très bien la douleur, la souffrance et la peine qu'ils infligent. La raison de leur comportement malsain, je l'ignore, mais il y a quand même des adultes qui sont responsables de laisser faire sans rien dire. Ils ne sont pas armés, paraît-il, pour lutter contre ça. Pourtant les victimes doivent l'être assez pour endurer sans craquer. Alors que toutes les raisons sont bonnes pour se faire harceler, que l'on soit trop différent, trop intelligent ou pas assez, trop petit ou trop grand, trop timide ou extraverti. Il y a toujours quelque chose, les enfants sont pleins de ressources c'est pour ça que les adultes en face sont censés leur mettre des limites. 
Je dis bien "censés". 

La revanche est un plat qui se mange froid : Ce que j'aurai aimé qu'on me dise pendant toutes ces années où je me suis cachée dans les toilettes pour éviter les attaques des autres, tous ces matins où je suis arrivée à l'école la boule au ventre et où je suis rentré chez moi en pleurant ; c'est que la roue tourne. Les populaires du lycée sont souvent les ratés de la vie d'adulte, que les losers de l'époque ressortent gagnants de tout ça. Pas sans souffrance ni séquelle, mais mieux armés. On a appris à se protéger et à se battre et on a la rage de vaincre. On veut montrer aux autres ce dont est capable. Regardez, regardez ce que vous avez fait de moi. Vous avez essayé de m'abattre, mais ce qui ne me tue pas me rend plus forte. C'est en partie grâce à vous si je suis devenue celle que je suis aujourd'hui, et encore vous n'avez encore rien vu. La roue tourne, lentement, mais sûrement et j'ai bien ri, ce jour où j'ai appris qu'un de mes anciens bourreaux était allé quémander du boulot auprès de ma famille. Qu'on ne lui a pas donné, bien sûr. Après toutes ces années à chialer, c'est à mon tour de rigoler.

Photo : Benoit Tourrier 

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Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale


Petite déception cette semaine au musée des arts décoratifs où se tient actuellement l'exposition Tenue correcte exigée, quand le vêtement fait scandale. Nous avons eu la bonne idée d'y aller en nocturne, et heureusement parce que je crains que la surpopulation du week-end nous eût été fatale.

Près de 300 tenues, accessoires, portraits et autres petits objets sont exposés pour démontrer comment le vêtement est parvenu à s'émanciper jusqu'à casser la norme vestimentaire au fil des âges. Depuis les robes de princesse jusqu'aux smockings pour femmes sans oublier les jupes pour hommes, la mode défile sous les yeux du visiter qui risque de rester sur sa faim. Et pourtant, on en attendait beaucoup (trop peut-être?) !

J'ai regretté que l'exposition soit organisée sous trois grands axes plutôt que de manière chronologique, résultat : dur de suivre le fil qui a tendance à s'éparpiller un peu partout. Les tenues sont sympathiques mais hormis deux ou trois marquantes, il n'y a rien de bien époustouflant, et c'est dommage. L'exposition est en revanche très ludique avec des jeux pour enfants et la diffusion de quelques films et publicités vintage, malheureusement mis à la suite les uns des autres sans ordre logique apparente...

Bref, heureusement qu'il n'y avait pas grand monde car aux heures de pointe je n'ose pas imaginer la cohue et le manque de visibilité d'autant que l'exposition est plongée dans la pénombre. Le musée des arts décoratifs nous a habitué à mieux, même si la découverte du lieu en mode nocturne fût sympathique. L'exposition se tient jusqu'au 23 avril 2017.

  

 


 

 


 

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Retrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne


Bernard Buffet est sans doute l'un des peintres les plus connus et en même temps méconnus de son temps. Si certaines critiques de l'époque assuraient qu'il "peint toujours de la même manière", l'artiste du 20e siècle démontre pourtant la force de son talent multi-facettes tout au long de la rétrospective qui lui est actuellement consacrée au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris.

L'exposition très fournie, qui se tient jusqu'au 26 février prochain, dévoile de nombreuses oeuvres de l'artiste torturé mais néanmoins époustouflant. Ses peintures agressives, parfois dures, sont facilement reconnaissables de par leurs traits particuliers, une caractéristique qui se déploie aussi bien à ses débuts, qu'à la fin de sa vie. Contrairement à ceux qui prétendent que "seules les oeuvres de la première période comptent", j'ai au contraire eu un coup de coeur pour celles qu'il a réalisé après sa rupture avec son amant Pierre Bergé.

Un univers particulièrement sombre, qui exprime les angoisses d'une génération au sortir de la guerre, jusqu'à son mariage avec Annabel, qui laisse place à des peintures plus colorées et vives. La rétrospective de ses peintures s'accompagne d'un ensemble d'oeuvres textuelles, marquées de sa calligraphie unique qui m'ont particulièrement touchées. Le peintre est aussi doué avec les mots qu'avec pinceau et sa poésie raisonne encore à l'heure actuelle, preuve que son art est intemporel.

Le musée a pris soin d'annoter en grande partie ses tableaux, ce qui permet aux visiteurs de mieux comprendre l'état d'esprit de l'artiste, ainsi que le contexte dans lequel ont été réalisé ses oeuvres tourmentées. Une exposition émouvante et passionnante, qui ne devrait laisser personne indifférent, tant les thèmes qu'il aborde sont saisissants d'actualité. 

S'il vous reste un peu de temps, n'hésitez pas à aller jeter un oeil aux autres expositions du musée. Celle du sculpteur Carl André a peu d'intérêt selon moi, en revanche celle d'Eva & Adele, loufoque et décalée, vaut le déplacement, ainsi que l'hommage au photo-reporter Marc Riboud.







 

 


 

 

 

 

  

 

 


Eva & Adèle 


 



  

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