Nouveau Départ : La Thérapie par le Vide


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 Benoît Tourrier

Alors que mon départ pour une nouvelle vie approche, me voilà en train de boucler mes cartons. Premier constat : je ne veux rien garder de ma "vie d'avant". Inconsciemment, je me suis surprise à jeter toutes les (trop nombreuses) babioles que j'ai accumulées ces dernières années. Quand j'ai quitté Montpellier, c'était le coeur gros et les valises pleines. Pleines de beaucoup de choses encombrantes. J'ai stocké l'équivalent d'une trentaine de cartons dans mon nouvel appartement parisien, deux fois plus petit que l'ancien. Pas étonnant que j'ai rapidement eu l'impression d'étouffer.

Tout un tas de fringues, de paire de chaussures et de bijoux, de sacs à mains que j'ai peu (voir pas du tout) porté ou utilisé - certains avaient même encore leurs étiquettes accrochés dessus - de cadeaux qui n'ont jamais servis, mais que je gardais "au cas où". Au cas où quoi, au juste ? Au cas où j'ai l'illumination subite de déterrer une fringue de son portant, dont elle n'avait pas bougé depuis trois ans, pour lui donner l'occasion de voir la lumière du jour après tout ce temps ? Cette multitude d'affaires, que j'ai acheté de manière compulsive, puis collectionné, comme pour remplir un vide, avec le faux espoir, et l'illusion un peu naïve, que cela me rendrait heureuse...

Trois ans plus tard, je me retrouve à faire le tri dans mon petit appartement pour me délester du superflu et partir la plus légère possible vers d'autres aventures, et je me suis rendue compte d'une chose : je n'ai absolument pas besoin de tout ce fatras inutile. J'ai plus de fringues que de jours dans l'année pour les porter, et j'ai décidé de tout jeter, comme ça, sans réfléchir. Comme une pulsion, un instinct de survie. Aujourd'hui, j'ai plus de cartons à la poubelle qu'à ramener chez moi. J'ai fait le tri par le vide pour me recentrer sur moi-même, sur l'essentiel.

De ces trois ans à Paris, je ne garde que quatre gros cartons de livres. Ces bouquins dont je ne me séparerais pour rien au monde, et dont j'ai une copie de mes passages préférés sur mon ordinateur, iront rejoindre l'impressionnante bibliothèque que gardent mes parents. Deux cartons de fringues, deux autres de chaussures et un, plus gros, d'affaires personnelles : les photos, les lettres d'amour, les cartes de mes proches, les petits mots qu'on avait l'habitude de s'échanger. Des souvenirs d'une valeur inestimable, c'est ça que je veux garder. Quelques bijoux que je tiens de ma mère et certains fétiches dont je ne peux me séparer; mon disque dur externe, qui contient toute ma vie, mon bouquin en préparation ainsi que tout ce que j'ai précédemment écrit.

Je me suis délestée de mon passé, trop lourd à porter, pour une vie nouvelle que j'espère sincèrement meilleure. Des projets pleins la tête et tout ce qu'il faut pour les réaliser : ma plume et mon appareil photo sous le bras, les souvenirs de mes proches sans qui je ne serai rien, et quelques bouquins qui me restent encore à dévorer. Ainsi qu'une grande valise dont le contenu a été trié au peigne fin, et avec laquelle j'espère tenir au moins quelques semaines une fois sur place. 

Pourtant avec le même contenu il y a trois ans, je crois que je n'aurai pas tenu trois jours.  Débarrassée de tous ses artifices dont j'ai tant usé pendant tellement d'années, comme pour me cacher derrière les apparences, force est de constater que j'ai grandi. J'ai cessé d'être celle que j'étais, pour devenir celle que je suis. Tu serais fière de moi, si tu me voyais aujourd'hui, toi qui m'a tout appris...

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