Lettre à France



Depuis la fenêtre de mon appartement, j’aperçois la Tour Eiffel qui, ce soir à nouveau, scintille des mille feux. Le Dame de Fer trône, immense, de toute ses lumières, du Bleu Blanc Rouge de ce drapeau français pour lequel on s’est tant battu, de milliers de gens qui ont donné leur vie pour qu’enfin vienne la République, et, plus tard, la Démocratie. Ils ont décidé de la rallumer ce soir, et de l’ouvrir au public, trois jours après les attentats qui ont blessé la France et dont tout le monde parle parce qu'ils ont tué beaucoup trop d’innocents. La France montre qu’elle n’a pas peur, qu’elle est debout et pas à genoux. Mais pour combien de temps encore ? Ce Daech que l’on a tant minimisé, dix mois après les attentats de Charlie Heddo qui n’étaient « rien à côté » . Mais n’étaient-ils vraiment ce rien qui a justifié notre immobilisme, notre prise de risque inconsidéré en pensant que cela n’arrive qu’aux autres. Sous prétexte que des journalistes avaient osé caricaturé le grand prophète. Nous qui nous sommes tant battu pour la liberté de la presse, ce qui est un crime dans certains pays n’a pas l’être ici, n’a pas être puni ou réprimandé par quelques violences que ce soit. Mais sous prétexte que quelques dessinateurs avaient osé et que le directeur de publication avait validé, alors c’était plus ou moins justifié et si le peuple était inquiet, bouleversé, choqué, il se disait encore : Cela n’arrive qu’aux autres, ils n'ont pas la possibilité de nous mettre à terre. Comment avons-nous pu croire une seule seconde qu’ils en resteraient là, qu’ils n’avaient pas les moyens de frapper plus fort, qu’ils n’oseraient pas s’en prendre à des innocents. Mon coeur saigne pour tous ces frères et soeurs que nous avons perdus, pour ses amitiés décimées, ses amours arrachés, ses familles qui ne seront jamais plus ce qu'elles étaient. Comment pouvons-nous aujourd’hui à nouveau, exposer le plus fort symbole français dans le monde entier, sans penser aux conséquences, sans craindre que la Tour Eiffel et ses milliers de visiteurs quotidiens ne soient victimes, eux aussi, de leur cruelle barbarie ? Sommes nous jamais assez forts et protégés ? J'en appelle à la responsabilité des dirigeants français qui ont le devoir, puisqu'on les élit et paie pour ça, de nous protéger, nous citoyens ainsi que l'Etat Français, de servir l'intérêt général avant de penser aux leurs.

Le pire est à craindre et à venir, aussi bien dans leurs réactions que dans les nôtres. Attaquer pour détruire, et bombarder dans l’espoir d’éradiquer un terrorisme qui, s'il est physique est aussi psychologique. Quand on frappe, ce sont des milliers de gens que l’on assassine, des centaines de civils qui tombent sous nos bombes, pour une poignée de djihadistes morts en martyrs. Mais la vie de ces civils innocents valent-elles moins que les nôtres ? Ces familles détruites et dévastée, qui souffrent déjà du terrorisme d’un Etat Islamique qui se revendique comme tel mais n’en est pas un. Car l’Etat tel qu’il se définit ne passe par l’extermination et la souffrance de son peuple. Je pense aux parisiens qui sont tombés sous les balles des Kalachnikov ce week-end mais je pense aussi à ces enfants syriens et de par le monde qui sont kidnappés par centaine tous les jours pour servir une armée dont ils n’ont pas voulu. Ces enfants qui sont battus, parfois à mort, à qui l’on inculque des valeurs qui n’en sont pas et qui sont dressés pour tuer, qui ne connaissent que la haine et la violence, qui grandissent la peur au ventre entourés de fanatiques qui ne leur enseignent rien sinon l’extermination de l'autre. Ce ne sont que des enfants, ils ne peuvent par faire la part des choses, et pourtant, c’est eux que l’on envoie avec un aller-simple pour la mort. Je pense à ses femmes qui sont violés, martyrisés chaque jour que Dieu fait, soumises à la volonté de ces bourreaux dont le coeur est plus noir que le drapeau qu’ils défendent. Je pense à toutes ces jeunes filles qui devraient avoir autre chose à vivre que l’humiliation, la violence et les sévices au quotidien. Je pense à toutes ces familles brisés au nom d’une idéologie qui n'en est pas une et qui n'est pas la leur, et qui tentent de fuir ce pays dans lequel ils ont nés et ont grandi pour rejoindre d’autres contrées, qu’ils espèrent salvatrice mais où ils ne trouveront que la haine de l’autre, la part de l'étrangeté, eux qui pensaient seulement trouver la paix. Ne tombons pas dans les clichés faciles et dans les amalgames grotesques. Les immigrés comme les musulmans ne sont pas des terroristes, même si certains, indépendamment de toute étiquette, le deviennent.  

J’ai eu la chance de vivre dans une famille riche, et quand je dis riche, je ne parle pas en terme financier. Je parle d’une richesse culturelle et humaine. J’ai la chance d’avoir grandi avec un beau-père de confession musulmane qui m’a fait découvrir sa foi et sa religion, qui a essayé de me l’expliquer non pas pour me la faire accepter ou pour me l’imposer, à moi, petite chrétienne baptisée, qui a fait sa communion et sa confirmation, mais qui, a juste voulu me la faire découvrir et que j'ai pris, plaisir à connaître. Jamais il n’a essayé de la faire régner comme une loi souveraine, jamais il n’a voulu me voiler alors que toute sa famille porte le voile, jamais il n’a critiqué mes choix, ma façon de vivre ou d'être et quand mes jupes, parfois étaient trop courtes, il l’acceptait car sa religion ne l’aveuglait pas, elle n'avait aucune raison de le faire. C’est avec cet homme qui avait des croyances différentes des miennes que j’ai grandi, entourée d’amour et de bonheur, de joie, de paix, de sérénité. Musulman pratiquant, il chérissait le Coran et priait ce Dieu qui ne lui a jamais demandé d'assassiner qui que ce soit ou non de sa loi. En lisant les textes sacrés, en les appliquant, ça ne l’a jamais empêché de m’aimer comme si j’étais sa fille, comme son égale, puis comme une femme fière et libre, indépendante, et ce, alors même que je ne partageais pas cette Religion qu’il louait. Pourquoi d’autres ne pourraient-ils pas en faire autant ? Pourquoi certains devraient souffrir d’amalgames honteux, alors qu’il n’est pas ici question de religion ? C’est une question qui dépasse bien des entendements. 

Pourquoi cet homme, plus qu’un autre, aurait-il la possibilité de s’en sortir alors qu’il a connu, comme tant d’autres, les bombardements incessants, la guerre dès sa plus tendre enfance, les bombes qui tombent dans la nuit sur les maisons voisines et qu’il assiste impuissant au massacre des siens sous sa couette terrorisé ? S’il l’a fait, d’autres peuvent le faire aussi sans devenir violent, fanatique et sanguinaire. Il a choisi la France, ce pays des libertés et des Lumières, ce pays moderne où chacun est libre et égaux en droit, que l’on soit un homme ou une femme. Cette France le lui a bien rendu, et lui aussi. Pourtant cette France aujourd’hui s’apprête à devenir le terreau d'une haine sans nom qui gronde et s’apprête à bondir pour tout dévaster, pour réprimer l’acceptation et l’ouverture d’esprit, cette tolérance qui nous est si chère et pour laquelle nos ancêtres se sont tellement battus. 

Aujourd’hui, j’ai mal à ma France et j’ai peur pour elle. J’ai peur des ennemis extérieurs autant que des menaces intérieures qui vont vouloir attiser la haine pour servir des intérêts particuliers. J’ai peur que la France terrorisée, inquiète et blessé, veulent se venger en nommant des coupables pour leur seule religion, leur seule origine ou leur couleur de peau. J’ai peur qu’elle s’abaisse à la facilité au lieu de rester forte, unie, solidaire et fraternelle. Ces valeurs que l'on défend et représente dans le monde. Le terrorisme ne doit pas rester impuni, il doit être sévèrement réprimandé et éradiquer, mais pas à n’importe quel prix. Nos principes et nos valeurs doivent rester plus forts, nos idéaux vaincront si l’on ne répond pas oeil pour oeil, dans pour dent. Soyons plus forts que la terreur, ne tombons pas dans une répression de bas étage, soyons fermes mais pas cruels, soyons implacables mais pas aveugles, soyons justiciers mais pas bourreaux. Ces actes sont condamnables et doivent l'être avec une intransigeance sans pareille, face à l’inhumanité de ces gens restons dignes, soyons humains, ne basculons pas du mauvais côté. Il s’agit de nous défendre, pas de nous venger.  

Mais aussi de comprendre pourquoi certains français portent en eux cette haine des valeurs occidentales car si certains viennent de Syrie, d’Egypte ou de Libye et j’en passe, d’autres sont des enfants de la France et se félicitent de la voir à genoux, prennent les armes pour aller assassiner leurs voisins avec leurs frères au nom d’un Dieu miséricordieux. Ce discours de l’obscurantisme, de la déraison, de la folie pure… Comment a-t-il pu prendre racine dans l’esprits de citoyens français au point qu’ils en viennent aux mains ? Quel vide vient-il combler ? Est-un manque d’amour, d’éducation, de moyen, de culture, de valeurs, ou une déficience mentale ? J’envisage toutes les hypothèses, non pas pour justifier, encore moins pour excuser, seulement pour comprendre, car c’est ce que la France m’a toujours appris à faire. Analyser, comprendre pour trouver une solution, ne jamais baisser les bras, se battre pour être plus fort car le bien, s’il ne gagne pas toujours, rend heureux et pas malsain. Qu’à grandir dans la haine, dans la misère, confiné dans des quartiers où même les flics n’osent pas s’aventurer, à tomber dans la drogue et la violence parce qu'il n’y a plus que ça, on ne gagne pas. Sinon le droit de mourir en martyr. La France n’a pas à accueillir ni a accepter ce genre de dérive, mais elle a le devoir et la responsabilité quand il se présente à elle de le condamner mais aussi de l’aider, quand il est possible, à trouver une autre voie. La prison, l’isolement, la torture n’ont jamais rien résolu, la paix, la tolérance, passent par l’enseignement, le savoir et la connaissance. Il est du devoir de l’Education Nationale de mener à bien cette mission pour que les enfants de la République ne tombent pas dans l’extrémisme et la radicalisation. Le territoire français n’a pas vocation à accueillir ou héberger des fanatiques qui défendent des coutumes et une civilisation qui n’est, ni de notre époque, ni de notre législation. Ceux qui sont en guerre contre la France, n’ont pas à pouvoir passer une seule de nos frontières, encore moins à y résider mais ceux qui naissent et grandissent ici ont le droit à une éducation qui répond à nos lois et notre histoire. Il est de notre devoir de les éduquer ou les expulser, mais pas de les laisser péricliter dans un univers de misère, de violence, de peur et de non-droit. Il est temps de faire face à nos responsabilités, car nier l’existence d'un problème n’a jamais permis sa résolution. Derrière toute révolution se cache un renouveau, et celle-ci, ne fera pas exception.

N.B : Ce texte n'est pas parfait mais il vient du coeur. Il n'en appelle à aucun débat, aucune dérive, aucune polémique sinon la réflexion et ne sert aucun intérêt politique quel qu'il soit. #PrayForParis #PrayForTheWorld. 

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