Victime


Dimanche, 4h20 du matin dans les rues de Montpellier... je rentre chez moi l'esprit tranquille après une grosse soirée de boulot + sortie entre potes. Quartier de la gare qui est dit "sensible" mais comme je ne suis pas d'un naturel méfiant... je ne me méfie pas. Ca fait trois ans que j'habite ici, je suis la première à dire qu'il ne m'est jamais rien arrivé. Fière de ça, en plus. Alors quand un mec m'arrête pour me demander l'heure, plutôt gentiment ceci dit, moi bonne poire je ne doute pas un seul instant de sa bonne foi et je sors mon téléphone pour lui communiquer ledit horaire dont il a apparemment tellement besoin. Et alors là, tout s'enchaîne. Le gentil bonhomme part au quart de tour, y a plus de sourire, y a plus de politesse. Il s'accroche à mon téléphone en un tour de main mais comme je ne veux pas le lâcher - mon iPhone c'est toute ma vie - finit par me pousser et vu ma très grande force physique parvient sans mal à se débarrasser de moi avant de partir en courant... 

Rien de grave, me direz-vous. Il s'est juste tiré avec mon téléphone portable. L'assurance va me couvrir tout ça d'ici quelques jours et tout sera réglé. Mais le problème, n'est pas matériel. Le problème c'est cette société qui laisse en toute impunité dépouillé des gens faibles, naïfs et sans défense. Vous me direz, je suis bien crédule de donnez l'heure à une petite racaille camouflée sous sa capuche qui m'arrête dans une rue déserte à 4h du mat... Vous me direz, je suis bien conne de m'arrêter tout court quand un individu m'aborde dans la rue à cette heure-ci. Et vous me direz enfin, je suis bien crédule de sortir mon téléphone portable et quasiment lui tendre la perche pour qu'il me le vole. Oui, je suis sûrement un peu de tout ça. Oui jusqu'à présent je vivais dans le monde des bisounours de tout le monde est beau et gentil, il ne va rien m'arriver quand je rentre chez moi tard la nuit en sortant du boulot, non je n'ai pas besoin qu'on me raccompagne, déconne pas qu'est ce que tu veux qu'il m'arrive ? 

Qu'est ce que tu veux qu'il m'arrive...? Mais en fait, je tombe de mon nuage, j'ouvre les yeux. A 22 ans il était temps me direz-vous de comprendre qu'on vit pas dans le monde de Disneyland et que les méchants ils le sont aussi sans raison. Et que cette petite sous merde elle s'est crû tout permis juste parce que je suis une petite brindille de 40 kg sans force physique et avec aucune possibilité de me défendre. Et encore, je m'estime heureuse que le mec ai juste eu envie de mon téléphone portable... A tout moment il avait d'autres intentions à mon égard et qu'est-ce que j'aurai pu faire à part subir ? Ben, j'aurai pas pu faire grand chose. Entre la peur, la surprise et ma non force physique, j'aurai tout bonnement déguster sans broncher. J'aurai fermé ma gueule et subi la violence et les envies malsaines d'un type amoral. Sans foi ni loi, non seulement j'aurai subi mais en toute impunité en plus. Car bien sûr, soyons réalistes : toutes les caméras de la rue sont hors service, aucun flic ne patrouille dans le coin et je pense pas qu'un seul voisin qui m'aurait entendu crier ne soit jamais sorti de chez lui pour me sauver la peau. La solidarité humaine à ses limites...  

Alors cet article, j'en ai bien conscience est plein de naïveté et de crédulité, c'est juste l'étonnement d'une petite blonde qui s'est faite vandaliser en rentrant chez elle et qui se demande vraiment dans quel monde on vit qu'on ne puisse plus rentrer chez soi sans se faire agresser dans la rue, qu'on ne puisse plus porter un short sans se faire traiter de pute, qu'on ne puisse plus refuser les avances d'un mec sans se faire insulter, qu'on ne puisse plus tout simplement ne pas avoir de clopes parce qu'on ne fume pas sans se faire violenter, qu'on ne puisse plus marcher tranquille sans se faire aborder, qu'on ne puisse plus tout simplement filer l'heure à un mec sans qu'il se tire en courant avec notre portable... Qu'on ne puisse plus, marcher dans la rue sans avoir peur qu'un mec mal luné de quartier mal famé vous tombe dessus sans aucune raison apparente à part qu'il avait juste la capacité de le faire. Une chose est sûre : je ne donnerai plus l'heure, je ne prêterai plus mon portable à un mec en galère, je ne m'arrêterai plus pour discuter juste par sympathie avec un inconnu dans la rue... Parce que j'ai toujours été trop bonne trop conne, la première à être souriante et gentille, douce et chaleureuse... mais que visiblement la solidarité conduit juste à se faire enculer. Et c'est triste finalement, d'en arriver à ce genre de généralité.